Changer de vie lentement


Il faut arrêter de pousser les gens à changer de vie rapidement. Parce que c’est n’importe quoi.

Je sais bien que tout le monde veut une transformation rapide. C’est ce qu’on promet ici et là sur les couvertures des livres de développement personnel, et dans les titres de formations qui vendent un changement quasi immédiat.

Pourtant, quand on est en plein milieu d’une période de transition, quand on est en train de se reconstruire ou de bâtir un nouvel acte de sa vie, on devrait prendre le temps qu’il faut.

Parce qu’il y a trois phases dans un changement de vie :

D’abord, on met fin à quelque chose. Et parfois, il faut du temps pour en faire vraiment le deuil. Pour accepter que oui, une partie de notre vie est bien terminée. Qu’on ne la revivra pas. Et qu’il est nécessaire de tourner complètement la page avant de prétendre construire autre chose. Sinon, on va tout emmêler, et créer une situation de chaos.

La deuxième phase, c’est la période de transition à proprement parler. C’est un temps de réflexion. D’introspection. De remises en causes successives. De recherches.

Et puis la troisième phase, c’est le nouveau départ. On a trouvé ce qu’on voulait, et on fait ses premiers pas dans la construction de sa nouvelle vie.

De ces trois phases, la deuxième est la plus importante. C’est celle sur laquelle ça vaut le coup de prendre VRAIMENT le temps.

J’ai changé de vie tellement de fois lors de ces vingt dernières années que je sais de quoi je parle :

Si on se met à foncer tête baissée dans la première idée qui vient, on le regrettera après. C’est inévitable.

Savoir temporiser, savoir étudier la question sous tous les angles possibles, au travers de toutes les humeurs possibles (quand on est fatigué, quand on est énergique, quand on est d’humeur positive, quand on est d’humeur exécrable…), laisser mûrir les pistes qu’on a trouvées, voir comme elles peuvent mûrir dans notre tête, en parler, prendre le temps de lire et de se renseigner sur chacune des options, faire des essais et des tests…

C’est ce qui permet de trouver un chemin qui peut être moins évident à première vue, mais qui nous correspondra bien davantage que la première idée qui nous était passée par la tête.

Dans la préface du livre Transitions, de William Bridges (un excellent ouvrage sur le changement de vie), il y a ces mots (que je traduis approximativement) :

« La plupart du temps, les gens veulent se dépêcher de passer à travers la deuxième phase le plus vite possible, de foncer tête baissée au travers de l’ambiguïté, et d’en finir.

C’est exactement ce que j’ai ressenti et ce que je ressens encore souvent. Mais j’ai appris à m’attarder.

Un de mes mentors m’a fait part d’une métaphore :

“Lorsque vous nagez sous l’eau, plus vous retenez votre souffle longtemps, plus vous finirez par émerger dans un endroit intéressant.” »

Bref. Il faut arrêter de pousser les gens à se transformer rapidement. Oui, ça permet de vendre des livres et des formations, parce que tout le monde est pressé.

Mais avoir le courage de dire : « Prenez le temps, laissez mûrir votre idée, voyez comment elle peut évoluer dans votre tête avant de passer à l’action », ça permettrait d’éviter à tellement de gens de se retrouver bloqués ensuite dans des voies qui ne sont pas faites pour eux, ou qui ne sont pas du tout alignées avec leurs besoins profonds. Souvent, ils s’en rendent compte trop tard, et n’ont plus que leurs yeux pour pleurer.

Prendre son temps lorsqu’on est dans une phase de transition, ce n’est pas facile. Parce que c’est vraiment désagréable de ne pas savoir où l’on va. On est tenté d’écourter cette période d’incertitude par tous les moyens, pour échapper à la sensation d’être perdu. Mais si on a le courage d’y rester suffisamment, de s’écouter, d’explorer, de ne pas se laisser contrôler par ses émotions, alors on a beaucoup plus de chances de partir sur la bonne voie.

À plusieurs dizaines de reprises, j’ai fait l’inverse de ce que je conseille dans les lignes qui précèdent. Et à chaque fois, j’ai regretté ensuite de ne pas avoir pris assez de temps.

Prendre le temps de changer, c’est accepter qu’on ne puisse pas accélérer les saisons. C’est comprendre que toute idée a besoin de temps pour mûrir, et pour se transformer en quelque chose d’encore meilleur.

Et que ce temps n’est jamais perdu, bien au contraire.

À force d’appeler tout ce qui est lent « procrastination », on en est venus à inciter les gens à changer complètement de vie sur un coup de tête.

Il faudrait peut-être qu’on respire un grand coup, qu’on remette les pieds sur terre un moment, et qu’on réapprenne que la patience est une vertu.

Moi le premier.


📷 La photo du jour :

Les bulbes de tulipes plantés l'automne dernier viennent de se transformer en fleurs. Un petit plaisir qui montre que la patience paye.


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